SHIM Cuisine

Peut-être êtes-vous des gourmands ou des gourmets,

passionnés par l'Histoire et par la reconstitution historique ? 

 Cette chronique est pour vous !

L'histoire...on en mange !

La poutine...traditionnelle ?

La poutine: un met traditionnel québécois?

La poutine québécoise (http://www.geonice.com/)

Depuis environ 20 ans, on se plaît à vanter la poutine comme met traditionnel québécois et je dois vous avouer que je trouve cela d'une grande tristesse. Parce que nous avons découvert que nous étions les seuls au monde à manger des frites avec de la sauce brune et du fromage en crotte, voilà qu'on en fait un met traditionnel au point de le faire découvrir comme tel aux touristes et aux nouveaux arrivants.

Techniquement il n'y a rien là. C'est un peu comme faire manger un bon hot-dog moutarde-chou à la mode montréalaise à une personne qui n'a jamais mangé ce mélange. C'est aussi dans la même veine que de faire essayer une façon unique d'apprêter un quelconque aliment connu. C'est bon, amusant, plaisant. Je suis tout à fait pour!

Là où j'ai de la misère est lorsque tu demandes à un Québécois de te nommer un met traditionnel du Québec et qu'il ne peut te nommer que la poutine. Pire, en disant sa réponse, il y a une sorte de fierté mélangée à un malaise. Car il est évident que ce ne sont pas les Québécois qui ont inventé la frite et que ce n'est pas hyper classe de se vanter que ta tradition culinaire repose sur du «fast-food»... Vous me suivez?

Pire, cela voudrait ainsi dire que les véritables mets traditionnels québécois sont disparus dans la brume...Déjà que plus personne ne connaît les pièces de vêtements traditionnels québécois (je vous mets au défi de m'en nommer juste quatre...), voilà que la culture culinaire prend le même chemin. C'est franchement pathétique.

Ragoût de pattes ( http://www.pauseamicale.com/)

Et qu'est-ce qui est traditionnel? C'est ce qui prend racine dans le temps, depuis des générations. Pour la poutine, on est encore loin du compte. Si on veut parler de tradition, apportez-moi de la soupe aux pois, du ragoût de patte (avec les boulettes grillées), un rôti de porc aux patates jaunes, des grands-pères dans le sirop, de la sauce aux atocas, des cretons et une salade à la crème !

Salade à la crème (http://www.ptitchef.com/)

Ainsi, comment faire connaître notre culture aux nouveaux arrivants? Comment les aider à s'intégrer, à aimer leur nouveau pays? À tripper avec nous? Impossible, car nous-même on ne sait même pas quoi leur partager.

Encore pire...Lorsque tu finis par nommer quelques mets traditionnels, bien des Québécois en ont jamais mangés ou alors ils en ont mangés une version industrielle au goût pas extra. Ainsi, ils rient, comme ils rient devant la ceinture fléchée, en disant que ces mets là sont poches et ils y préfèrent la poutine.

Sauce aux atocas (http://www.chatelaine.com/)

J'avoue que si je suis à la lettre une recette de ragoût de patte, il ne sera pas bon. Je dois travailler les épices et la farine grillée peu à peu, jusqu'à l'obtention du goût parfait et de la texture idéale. Mais pour y arriver, je dois avoir en bouche la mémoire du goût du ragoût de ma mère...Ce qui est impossible à expliquer, à moins de faire goûter mon ragoût et d'en cuisiner avec la personne qui veut apprendre. Ainsi, non seulement cette cuisine se veut savoureuse, mais elle inclut une part d'échange, de social, de familial, d'amitié et de partage. N'est-ce pas plus beau qu'une poutine?

En terminant, je vais vous raconter une anecdote.

Il y a quelques années, j'avais été invitée avec mon conjoint à un repas de Noël chez un ami. Le concept voulait que chacun apporte un dessert, le menu n'étant que des desserts. Bien évidemment, j'ai fait une brassée de grands-pères. Une fois rendu sur place, chacun a présenté son met. Chez les invités, il y avait des gens de d'autres cultures et des Québécois. Tout le monde avait choisi un dessert fantaisiste, original, de fine ou de nouvelle cuisine. Plus les gens parlaient, plus je me suis sentie un brin à part avec un dessert hyper traditionnel québécois. Puis, lorsque j'ai présenté la chose, ce fût le délire. D'un côté les Québécois (tous ayant plus ou moins 40 ans et ayant déjà goûtés à la chose) manifestèrent une joie inouïe d'un souvenir d'enfance devant mon dessert. Devant ceux qui ne connaissaient pas les grands-pères, ils se plaisaient à leur expliquer avec maints mots délicieux la magnificence de ce dessert bien de chez-nous. À la fin de la réception, mon chaudron avait été tellement vidé et gratté, qu'on pouvait dire qu'il était propre. Tous et chacun m'ont remercié de mon idée génial d'apporter ce dessert typique du Québec, leur rappelant tant de souvenirs. Les gens des autres cultures furent ravis de découvrir notre art culinaire autrement que via la poutine et adorèrent mon met.

Grands-pères dans le sirop (http://www.canalvie.com/)

Comme quoi il ne faut pas sous-estimer notre culture culinaire et que lorsqu'on se décide à la faire valoir, les gens l'apprécient!

Voici ma proposition pour 2014: essayez donc des recettes traditionnelles d'ici et mettez donc la poutine à sa vraie place, soit une façon unique de manger des frites!

Evelyne Bouchard pour la SHIM

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