Le héros de guerre !

Ce texte n’a pas pour prétention de déboulonner un des mythes de l’histoire dont on a de la difficulté à se distancier. Un fait qui est dévié et dont la nature réelle dérape ou qui devient une nouvelle réalité historique déformant la vérité. Déformation de la vérité qui rend l’erreur ou l’anecdote plus vraie que vrai et qui la fait devenir la réponse, la vérité sur un sujet historique.

Non ce texte veut traiter d’un mythe plus intime, plus familial, le héros de guerre! Qu’est-ce qui crée le héros, c’est l’histoire de son acte de bravoure, de ce qui l’a distingué des autres qui l’a rendu exceptionnel. Et c’est cela qui peut devenir un mythe.

Dans ma plus tendre enfance, alors que ma passion naissante pour l’histoire militaire me faisait découvrir les uniformes et que par réflexe de l’enfance je jouais à la guerre, les adultes m’entourant ont voulu enrichir mon désir de connaître et me mettre en contact avec la réalité historique. C’est alors que j’ai appris de source sûre, par quelqu’un qui l’avait connu, que mon grand-père paternel avait été membre du glorieux 22e bataillon. Qu’il avait fait la Guerre de 14 et traversé la Belgique à pied.

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Tout est vrai! Mon grand-père maternel n’a-t-il pas fait la Seconde Guerre mondiale? J’en avais eu la preuve en photo avec  vieille gourde à l’appui.  Il restait des souvenirs de la réalité.  Alors, que l’autre ait participé à la Grande guerre, pourquoi pas ?  Un grand sec, reconnu pour avoir eu une carrière militaire, avoir été un sous-officier qui formait les recrues.  Qu’il aimait se vanter de mettre les gens à l’attention pour écouter le tic-tac de sa montre : un homme de cette trempe a certainement fait la guerre.  Il ne peut en être autrement.  Un obus dans le coin du salon, sa 303 dans le garde-robe de l’entrée; ce que j’aurais aimé le connaître pour apprendre de sa bouche toutes ses aventures. Malheureusement ce n’est que par le récit de la famille que j’ai tout appris, car nous nous sommes manqués de peu, lui étant décédé quelques années après ma naissance.

Donc, c’est certain, mon goût et ma passion pour le militaire ça vient de mes grands pères. J’ai de la chance : deux militaires, un pour chacune des guerres mondiales.

Voilà la base de l’histoire.

Plus tard à l’âge adulte, j’ai découvert via internet qu’il était possible pour la famille d’obtenir une copie des états de services d’un parent ayant participé à la guerre de 14-18. Vous n’aurez pas à attendre aussi longtemps que moi pour que je vous dise que j’ai demandé le dossier de mon grand-père, j’allais découvrir tout, j’allais tout savoir sur mon héros!

Le dossier m’est parvenu dans une enveloppe brune du ministère de la défense. J’ai ouvert, j’ai lu.  Son nom était bien inscrit, sa date de naissance, son lieu de naissance, son emploi, son matricule… il était vrai et avait bien été dans l’armée canadienne.  Tout était vrai !  Je tenais mon héros.  Je me lance dans la lecture des quelques lignes, car n’oublions pas que mon héros ne l’est que parce qu’il a participé à la guerre et non parce qu’il a été décoré de la Victoria Cross. Faut tout de même pas exagérer et cela je le savais. Mais la gloire auréolée du 22e bataillon, quand même, le régiment canadien-français de la Grande guerre,  ce n’est pas rien.

L’histoire la vraie, comme celle que les gens déforment pour l’améliorer, pour qu’elle ne choque pas leurs idées ou leur croyances, qui en déforme les choses pour en faire des mythes, donc l’histoire la vraie…

Mon grand père à été conscrit à la fin de la guerre, il a suivi son entrainement militaire au sein d’un bataillon de recrutement et il est traversé en Angleterre.  Rendu là-bas comme tous les autres, il est envoyé en France mais il tombe malade et se retrouve en convalescence.  Il retournera au Canada une fois rétabli mais n’aura jamais combattu, ni même traversé la Belgique à pied, et le 22e bataillon : oubliez-le. Tout cela était un mythe, le mythe familial du grand-père et de la Guerre de 14. Comme toutes les familles dont un membre à été à la guerre, il devait bien avoir fait quelque chose de grandiose.  Et bien oui, il a participé à sa mesure, avec toute la réalité historique de sa vraie aventure à un événement qui a touché beaucoup de familles, et dont certaines en ont vécu les conséquences plus tragiques comme la perte d’un parent ou un retour avec les blessures de la guerre. Il a vécu un événement historique en y prenant part avec toute la vérité de ce fait, mais mon héros ne l’aura jamais été autrement que pour sa famille et pour moi, même s’il occupe maintenant la vraie place qui fut la sienne.  Le mythe du héros familial doit exister dans beaucoup de famille, sans refléter la réalité mais en protégeant les croyances et certaines négations ou méconnaissances de l’Histoire entourant les petits héros du quotidien.

Voilà la vraie histoire.

Jean Merrette, pour la SHIM

 

 

Une lecture intéressante :

Jonathan F. Vance

"Mourir en héros, mémoire et mythe de la Première Guerre mondiale

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Commentaires (1)

1. Henru Boucher 2012-05-03 10:54:08

Pas de héros , mais une belle éthique de recherche historique .

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