Boule à mythes

La SHIM se donne comme mandat de faire découvrir la vie de nos ancêtres de façon positive.  Entre autres, elle vise à réviser des faits et croyances erronés sur le passé.  Venez défaire quelques petits et grands mythes sur différents sujets historiques.

L'étoffe d'un patriote...

L’étoffe d’un Patriote
On pense souvent que l’histoire du costume est sans importance. Pourtant, l’histoire des revendications des Patriotes (1832-1838) est liée de très près à l’histoire du costume. Premièrement avec l’idée que tous les Patriotes étaient vêtus en habitants, tout en étoffe du pays; deuxièmement tout le monde a une image très claire du costume du Patriote, celui du dessin d’Henri Julien…
 
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L’étoffe du pays et le«look» habitant
En 1834, le mouvement Patriote incite à utiliser les tissus « du pays » au lieu des importations anglaises. Jusqu’à ce jour, fort peu de tissus avaient été fabriqués dans la vallée du Saint-Laurent. L’usage de ces lins et laines plutôt grossiers était surtout limité aux usages domestiques: linges à vaisselle ou à toilette, draps, couvertures, nappes, tabliers; et à certains vêtements de travail: jupes, pantalons et capots. Mais encore!
 
Néanmoins, stimulés par la cause, on peaufinera la production et plusieurs tissus purent habiller les Patriotes un peu plus élégamment en 1837-38. On parle ici d’essais de vêtements tels que redingotes, gilets, robes, pantalons et habit de chasse! Nous sommes loin de l’unique capot. Car en effet, la grande majorité des chefs patriotes sont des gens loin de porter une tenue d’habitant. On parle de notaires, de médecins et autres. Gens qui portent un haut de forme et un habit, plutôt qu’une tuque et un capot. Mais la production restera maigre et l’approvisionnement difficile. Ce beau projet s’essoufflera avec la fin de la décennie.
 
Il n’y a donc pas d’habillement typiquement« Patriote » sinon celui de réduire au maximum ses achats d’importation, ici textiles, et de ne pas hésiter à utiliser des tissus fabriqués au Bas-Canada. L’objectif dans ce mouvement et cette vision des choses est de se dissocier économiquement de l’Angleterre et d’encourager la production locale dite «du pays», comme pour tout autre produit, tel le sucre d’érable.
 
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L'assemblée des six comtés, par A. Smith (Musée national des Beaux Arts du Québec) vers 1890.
 
Un Patriote ne se reconnaît donc pas à la coupe de son habit ou à sa tuque mais bien à ses convictions. Porter des tissus fabriqués au Bas-Canada ne signifie donc pas s’habiller en habitant, on parle de tissus et non pas de coupe ou de style vestimentaire.
 
Le Vieux de ‘37
Et le fameux dessin du «Vieux de ‘37», dit le Patriote d’Henri Julien?
Rien à voir avec un Patriote de 1837 authentique!
Ce dessin a été fait dans les années 1880, plus de 40 ans après les faits. L’illustrateur c’est donc inspiré des vêtements de son époque, de ce que sa culture personnelle identifiait comme ancien et de ce que l’imaginaire collectif visualisait pour ce type de personnage. Un bon coup qu’il a fait notre Henri! La culture populaire a eut besoin d’un modèle visuel de Patriote et elle a adopté son dessin. Ainsi, le dessin d’Henri Julien devint le stéréotype, une sorte de folklorisation vestimentaire de la cause patriote! Et aujourd’hui, encore même en 2012, on utilise ce dessin à toutes les sauces : drapeaux, objets commémoratifs ou souvenirs, illustrations de livre pédagogiques, musées, festivals…Personne ne se questionne et re-re-copie le même personnage, la même pose, les mêmes vêtements…Alors, qui osera changer la donne ?
 
Evelyne Bouchard, pour la SHIM

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