Boule à mythes

La SHIM se donne comme mandat de faire découvrir la vie de nos ancêtres de façon positive.  Entre autres, elle vise à réviser des faits et croyances erronés sur le passé.  Venez défaire quelques petits et grands mythes sur différents sujets historiques.

Entre Dieppe et Memère

 

Dans la même veine que mon texte sur le héros de guerre voici un autre mythe. Tout comme le précédent, il a été alimenté par ma grand-mère qui, en voyant mon intérêt pour les petits soldats, aimait me raconter ses souvenirs. Maintenant à l’âge adulte, mieux informé et pouvant mettre les choses en perspective, je me rends bien compte des déformations dans son récit.

 Pour Memère, les tanks n’étaient pas autre chose que des véhicules à chenilles et elle faisait le lien direct avec ce qu’elle connaissait. Ainsi elle les appelait les «bulldozers». J’ai aussi entendu parler des gaz, des Allemands qui coupaient les bras des femmes et des enfants, des casques de fer, des Canadiens-français envoyés en boucherie à Dieppe… un savant mélange de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.

 

dieppe1.jpg

Image de propagande représentant un soldat allemand lors de la Première Guerre mondiale. (affiche de recrutement étatsunienne).

Parlons-en de ce mythe indélogeable des Canadiens-français envoyés à la boucherie de Dieppe.  Elle me disait que les plans de l’attaque avaient été transmis aux Allemands, que c’était un coup monté. 

Pour mieux comprendre ce qui a mené à envoyer des Canadiens-français pour cette attaque, il faut revoir le contexte.

Premièrement, l’Angleterre était en grosse difficulté. Suite à la retraite de Dunkerque, elle venait de perdre pratiquement tout son matériel de combat et sauvé ses troupes de justesse dans un effort d’évacuation colossal. Deuxièmement, le front en Afrique du Nord  s’embrasait. L'envoi massif de troupes, va affaiblir encore plus la défense nationale.  Troisièmement, la bataille d’Angleterre qui siphonnait vers le ciel beaucoup de ressources. Finalement, l’Allemagne qui enfonce l’Union-Soviétique et met en péril un allié de qui ont espérait une force solide. Alors ont s’efforce d’armer cet allié, l’Union –Soviétique, en prélevant encore dans les ressources.

Que reste t-il en 1942 de prêt et pratiquement intact? L’Armée canadienne! Elle est présente sur le sol anglais, elle pratiquement la seule force constituée en état de se battre. Alors l’Opération Jubilée sera constituée de troupes canadiennes de la 2e Division, ainsi que de troupes britanniques.

Ce que l’on peut dire, c’est que l’assaut sera mal préparé. Les Anglais étant bien reconnus pour exceller en défensive mais être moins bons en offensive, resteront fidèles à eux-mêmes. Comme aux Dardanelles en 1915, ou ailleurs, ils accumuleront des erreurs tel que l’envoi de la seconde vague d’assaut, croyant que la première avait atteint ses objectifs. Des messages non reçus, une certaine confusion mènera donc au débarquement du Fusilier-Mont-Royal qui succombera sur les plages et marquera l’imaginaire des Canadiens-français envoyés au feu.

dieppe2.jpg

L'uniforme porté par le Fusilier-Mont-Royal en 1942 (SHIM 2002)

 Certes, les Britanniques avaient la triste habitude de ménager leurs forces quand les troupes du Commonwealth étaient engagées. On le verra en Afrique du Nord pour les Australiens et les autres troupes combattant à leurs côtés.  Cependant Dieppe n’aura pas été un complot orchestré pour utiliser les Canadiens-français comme chair à canon. Ce sera une opération mal montée et confuse qui permettra cependant d’en tirer au moins les leçons nécessaires pour préparer le Débarquement de Normandie. Les fusiliers Mont-Royal pourront défiler à Dieppe, libérée en 1944.

 Au moins, ma grand-mère  aura suscité en moi l’intérêt de me documenter et de découvrir l’histoire. 

 Merci Memère!

 

 Jean Merrette, pour la SHIM

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×